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L'Indochine ...


                
            
            J’ai quitté la France comme on s’éloigne d’une maison où l’on se sent confusément mal, sans savoir pourquoi. Le choc que j’ai ressenti en découvrant, en quelques jours, le delta du Mékong fut à la hauteur de ce mal-être. Nous avons jeté l’ancre dans les eaux vertes de la baie d’Along. J’étais accroché à la rambarde, sur le pont, ébloui par tant de beauté. Des écailles quittèrent mes yeux. Deux ans après avoir attendu la mort dans une baraque de planches envahie par la vermine, j’étais projeté dans un monde féerique.

    Les paysages nous attirent dans la mesure où ils sont le miroir de notre perception intérieure. Je me retrouvais au Vietnam dans un élément à la hauteur de mes émotions. Cette nature extrême empêche l’homme de se croire le maître des choses. Que peut un homme seul face au déchaînement de la mousson ou à la force des lianes, capables de briser un rocher ? Vivre dans ce décor oblige à composer avec l’ordre du monde. La nature prévient les hommes de ce pays des illusions qui sont les nôtres. Ils sont provisoires et ils le savent, quand nous nous croyons puissants et éternels.

   
Le Vietnam ne croit pas à la grandeur de la pierre. Ils se nourrit desNous étions au bout du monde mais au coeur de l'aventure humaine. CLIQUEZ POUR AGRANDIR disciplines de l’esprit : la calligraphie, la méditation, l’acupuncture, la peinture. J’ai rencontré des érudits presque transparents à force d’études. Les plus beaux monuments qui se visitent au Vietnam, ce sont les hommes.

  
Second séjour             

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Bataille de la Rivière Noire.1952. CLIQUEZ POUR AGRANDIR   Les combats que j’ai connu de 1950 à 1953 au Vietnam furent d’une âpreté et d’une violence que je n’ai plus jamais retrouvées durant ma carrière militaire. J’ai compris à cette époque le jugement porté par Winston Churchill : « Quand j’étais jeune, la guerre me paraissait cruelle et amusante. Maintenant, elle me paraît toujours aussi cruelle, mais je sais qu’elle est abominable ». Parfois, nous avions l’impression que c’était un cauchemar et que nous allions nous réveiller. Ceux qui prétendent aimer la guerre ont dû la faire loin du carnage des champs de bataille, des cadavres épars et des femmes éventrées. La guerre est un mal absolu. Il n’y a pas de guerre joyeuse ou de guerre triste, de belle guerre ou de sale guerre. La guerre, c’est le sang, la souffrance, les visages brûlés, les yeux agrandis par la fièvre, la pluie, la boue, les excréments, les ordures, les rats qui courent sur les corps, les blessures monstrueuses, les femmes et les enfants transformés en charogne. La guerre humilie, déshonore, dégrade. C’est l’horreur du monde rassemblée dans un paroxysme de crasse, de sang, de larmes, de sueur et d’urine.     
L’irruption du danger, l’entrée dans ces territoires où rôde la mort, oblige à se hisser à la pointe de soi-même. Lorsque tout peut se briser en une seconde, l’homme est nu. Il ne lui reste qu’à être un homme. 


    La guerre rend économe de sa salive. Ceux qui l’ont connue en reviennent souvent taciturnes, car ils ont appris le poids des mots. Le silence paraît alors préférable aux paroles. Evacuation après les combats de Nghia Lo. CLIQUEZ POUR AGRANDIR

    Pour nous, le courage était un sentiment qui s’entretenait, comme les fusils.

Quitter le Vietnam
 
      Lorsqu’il fallut quitter le Vietnam, nous étions cette armée de sentinelles que le ciel découpe au lointain : chacun veillait sur ses souvenirs. Que faire de la guerre lorsqu’elle est finie ? Nous sommes devenus des orphelins. Aujourd’hui encore, nous souffrons de savoir le Vietnam sous le joug : son peuple n’en a pas fini avec la dictature. « Le chagrin de la guerre, dans le cœur d’un soldat, est semblable à celui de l’amour : une sorte de nostalgie, d’infinie tristesse, dans un monde qu’il ne reconnaît plus. Il ne lui reste plus que le chagrin d’avoir survécu », a écrit l’écrivain vietnamien Bao Ninh. Mais l’arrachement ne doit pas faire oublier ce que l’Indochine nous a donné. A nous qui devions donner la mort, cette guerre a enseigné l’éblouissement de la vie. Elle nous a appris la fragilité de l’instant, l’ordre parallèle des choses. Elle a uni notre sang à celui des Vietnamiens. Il appartient désormais à chacun de transmettre ce témoin à ceux qui lui succèdent, comme les petites offrandes que les paysans déposaient devant l’autel des ancêtres : deux fleurs, une mangue, une prière enroulée dans une feuille de riz.     

Derniers jours en Indochine : Hélie de Saint Marc feuillette un livre sur le Viêt-Nam.  CLIQUEZ POUR AGRANDIR
    
Je portais dans mon paquetage des fleurs séchées, des cicatrices amères et des rêves qui ne voulaient pas s’éteindre. J’allais devoir vivre la suite de mon existence avec cette blessure.

                                                                        
                      Toute une vie. Editions Les arènes



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