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La Résistance ...



            
            La société bien établie de ma jeunesse, avec ses institutions, ses notables, son gouvernement et son armée la plus puissante du monde s’est brutalement effondrée, comme un château de cartes. Deux mois ont suffi pour que nos yeux de jeunes hommes humiliés découvrent le triste spectacle des députés affolés, des ministres en fuite, des débris d’un monde qui s’était cru invincible.

   
Ma résistance a grandi en chemin. Au départ, c’était un jeu, un défi, de passer la ligne de démarcation en fraude. Cela donnait un petit prestige à l’élève sans éclat que j’étais alors. Lorsque j’ai été recruté comme passeur, j’ai mis toute la fierté et le sens du secret dont est capable un adolescent de dix-neuf ans. C’est en résistant que je suis devenu résistant. En discutant avec mon chef de réseau, le colonel Arnould, j’ai pris conscience que mon rejet de l’occupant participait à un mouvement plus vaste, que c’était une attitude de vie, une éthique qui marquerait toute ma vie.

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    La Résistance était vraiment le parti de l’ombre. Je voudrais insister surHélie de Saint Marc en mission pour le réseau Jade-Amicol, à Montauban. CLIQUEZ POUR AGRANDIR l’humilité des résistants, aujourd’hui oubliée au profit des morceaux de bravoure ou des jeux d’appareil. Un acte aussi banal que celui d’accueillir une boîte aux lettres clandestine n’avait rien de glorieux en soi. Un réseau demandait peu de choses à ses correspondants : cacher trois levées par mois au fond d’un tiroir, prêter de temps en temps un bout de garage… Mais une fois découvert, ce presque rien prenait une autre dimension, qui était celle de l’héroïsme. Les anonymes pouvaient être arrêtés, torturés et déportés.

    La guerre de l’ombre me pesait. Je voulais lutter, moi aussi, les armes à la main. Le colonel Arnould refusa de m’aider. Il avait besoin d’agents en  France. Des amis me parlèrent d’une filière du côté de Perpignan. Sur un coup de tête, je décidai de me joindre à eux.

   
Le passeur se faisait appeler Monsieur Guy. Nous avons embarqué dans un camion bâché, à la tombée de la nuit. Notre équipée se termina en traquenard. Des camions allemands, tous phares allumés, nous attendaient tranquillement sur un chemin de vignes. Pour nous, la guerre allait se poursuivre d’une autre manière, dans la nuit et le brouillard.

                                                                                    
Toute une vie. Editions Les arènes