Le 13 mai a été, tout de même, un
immense espoir. De Gaulle a prononcé des paroles -"Je vous ai
compris" ; "A partir d'aujourd'hui, il n'y a plus sur ce territoire
que des Français à part entière" - qui nous ont laissé croire
qu'une issue était possible : non que nous ayons été des fanatiques de
l'Algérie française, mais parce que nous pensions qu'avec De Gaulle, nous
n'irions en aucun cas vers un abandon honteux et des abus de confiance
analogues à ceux que nous avions connus en Indochine. Vainqueurs sur le
terrain, dotés d'un gouvernement fort, à la tête duquel se trouvait un homme
qui avait refusé la défaite de 1940, il nous semblait clair que nous allions
vers une solution qui ne serait peut-être pas celle que certains espéraient,
mais serait en tout cas honorable. Notre obsession, encore une fois, n'était
pas d'empêcher l'indépendance de l'Algérie. Elle était d'éviter la
trahison de la parole donnée aux musulmans, qui nous avaient fait confiance,
et avaient manifesté, par référendum, leur volonté de rester associés à la
France, et le déracinement de masse d'une population qui estimait légitimement
que cette terre était aussi la sienne.